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Complexes : l’intégrité scientifique

Si on vous parle d’intégrité scientifique, cela ne vous dit pas grand chose, n’est ce pas ? En effet, 92% des du public ferait confiance aux chercheurs selon un sondage publié dans le monde et la recherche. Pourtant selon une autre source de la recherche, 2 % des chercheurs reconnaissent avoir au moins une fois falsifié des résultats. Oups, ça fait tâche !

L’intégrité est sans aucun doute une problématique qui touche énormément les chercheurs mais dont le grand public ignore souvent tout. Quelle image nous faisons-nous du chercheur ? Le brave type un peu perdu dans ses papiers et dans ses calculs ? Le scientifique fou qui fait sauter l’immeuble tous les deux jours ? Je crains que les chercheurs ne soient bien différents des images d’Épinal de nos esprits. En effet, le chercheur ne fait pas que chercher. Enfin, en tout cas pas que chercher sur son domaine. Si vous visitez un jour un laboratoire que ce soit de sciences dures (que je hais ce mot) disons de sciences fondamentales comme la physique ou la chimie ou un laboratoire de science humaines (sciences molles ? Berk !), vous verrez que les chercheurs passent beaucoup de temps à chercher… De l’argent ! Et oui, la recherche n’est pas gratuite et les fonds publics sont souvent bien insuffisants ! Il faut donc des sous-sous (dans la po-poche).

Quels sont donc les moyens de dérocher aisément des fonds ? Il y en a évidemment plusieurs. Premièrement, travailler dans un domaine médiatisé (recherche SIDA, cancer, Alzheimer,…). Ensuite, il faut être renommé. Le meilleur moyen d’être renommé (outre le fait d’avoir un prix Nobel, par exemple) est d’avoir beaucoup publié et, si possible, dans des revues internationales que tout le monde lit. Chaque domaine a sa ou ses revues d’exception. En médecine, on peut citer le New England Journal of Medicine ou The Lancet. En science, on peut trouver Plos ou Nature et ainsi de suite… Publier un article novateur dans de telles revues est le meilleur moyen de devenir très réputé dans son domaine. Évidemment ce n’est pas si facile d’être publié. Il faut que l’article soit novateur, ait une grande portée, soit publié par une personne de renom, souvent (et oui le serpent se mord la queue : renommée ->  grande publication et grande publication -> renommée). Il faut également que l’article soit relu par des experts avant d’être publié afin que sa validité soit assurée. Si on ne possède pas de renommée et que l’on ne travaille pas dans un domaine médiatisé, la situation est plus compliquée et l’institution demande bien souvent des comptes concernant l’avancement des recherches. Comme ce problème survient en France, je vous laisse imaginer la problématique sur les recherches effectuée dans les pays en développement qui n’ont quasiment accès à aucun financement et aucune revue prestigieuse.

On pourrait se dire, grâce aux contrôles (notamment la relecture par des pairs), que le système est idéal et que tout fonctionne. Et bien, non ! (et Dieu sait qu’il est loin de bien fonctionner). En effet, si l’on mélange nécessité de publier et besoin de résultat novateur on obtient parfois un résultat étonnant : la triche.

Dans la notion d’intégrité scientifique on entend vraiment beaucoup de choses différentes. Il y a de nombreuses façons de tricher certaines avec d’énormes conséquences et qui feront beaucoup de bruit et d’autres qui resteront toujours inaperçues.

Pour vous, j’ai choisi trois manquements à l’intégrité scientifique, le plagiat, la fabrication/falsification et la prise illégale d’intérêts. Il est bien entendu possible d’en définir d’autre car les entorses à l’intégrité scientifique ne concerne pas que les publications mais toute la vie professionnelle du chercheur, l’encadrement des étudiants en est un exemple.

  • Le plagiat

Le plagiat est tout simplement un “acte de quelqu’un qui, […], donne pour sien ce qu’il a pris à l’œuvre d’un autre.” (dictionnaire Larousse) Tout cela est plutôt simple, qui n’a jamais repris une phrase ou paraphrasé une définition ou un texte qui paraissait parfait pour le mettre dans une copie ou dans un rapport ? Et bien si l’on ne cite pas l’auteur de ladite phrase cela est illégal et entre dans le cadre du plagiat. Bien entendu quand on entend plagiat, on entend souvent des histoires sur des personnes peu scrupuleuses qui ont tout simplement repris mot pour mot le travail d’un autre pour obtenir un diplôme comme une thèse par exemple. Autant dire qu’aujourd’hui les université et les revues scientifiques sont très attentives au plagiat et utilisent des logiciels pour vérifier (autant que cela est possible) si le texte est bien novateur. Un plagiat peut entraîner une condamnation pour violation du droit d’auteur. Si le plagiat est découvert dans le cadre d’un diplôme universitaire, il est possible qu’une interdiction de passer des examens nationaux soit prononcée.

  • La fabrication/falsification

Vous l’aurez compris sans problème, nous sommes ici soit dans la construction de fausses données pour une recherche soit dans leurs modifications pour qu’elles soient plus conformes aux hypothèses. Le problème n’est pas mineur car on estime que 33% de 2231 chercheurs auraient “déjà eu un comportement de mauvaise pratique scientifique au cours des trois dernières années” (Sciences et Avenir, 2015). Il est possible de penser que la réalité est encore fortement minimisée car le fait de “lisser ses courbes” ce qui consiste à supprimer une partie des données qui ne correspondent pas bien est une pratique courante. Il est très important de bien différencier l’erreur de la fraude ! Il arrive que des articles scientifiques soient rétractés en raison d’un défaut de méthodologie qui rend l’étude inutile mais cela n’était pas de la volonté des auteurs. Par contre, s’il y a de nombreuses erreurs répétées ou s’il y a une réelle volonté de tricher alors cela reste de la fraude. Il y a une réelle problématique dans le contrôle des données qui sont transmises aux revues scientifiques. Il est souvent très difficile de vérifier les données, ce qui implique que parfois, plusieurs années plus tard, un article soit supprimé parce que l’étude n’a pu être refaite et que les auteurs ont avoué avoir falsifié les données pour obtenir un résultat positif. Les domaines les plus touchés par la fraude (ne) sont (pas) étonnamment la médecine et la biologie (Sciences et Avenir, 2015).

  • La prise illégale d’intérêt

Voilà une problématique complexe qui peut même aller jusque toucher la corruption. En effet, dans certains domaines certaines entreprises ou groupement d’intérêts ont un intérêt réel à ce que les études publiée aillent dans leur sens. Ne serait-ce, par exemple, que les entreprises pharmaceutiques qui doivent rembourser leur investissement sur une nouvelle molécule. Il est alors possible que certaines entreprises offrent des cadeaux pour indirectement (et parfois directement) influencer le chercheurs. Il est possible aussi que les promoteurs (financeurs) de la recherche soient les entreprises elles-même. Cela n’indique pas forcément que les entreprises vont falsifier les résultats mais cela implique un contrôle strict pour que la science et tout particulièrement la médecine ne soit pas polluée par des résultats qui en réalité n’en sont pas. Un problème inhérent au conflit d’intérêt est qu’a un certain niveau d’expertise quasiment la totalité des chercheurs sont en lien avec des personnes ou entreprise mais attention cela ne veut absolument pas dire qu’il y a un manquement à l’intégrité scientifique. Dans ce cas encore, il y a une nécessité (complexes, certes) de fixer les limites pour maintenir de bonnes pratiques dans la recherche.

 

Je pense avoir suffisamment écrit sur la question pour l’instant même s’il reste des milliers de choses à dire ! Si vous êtes intéressés par la question de l’intégrité scientifique, il faut absolument que vous cliquiez sur les liens présents dans le billet pour lire les excellents articles cités. J’aurais également pu vous parler de l’ordre des auteurs dans une publication mais ce sera pour une autre fois !

Complexe..