Complexes : la souffrance ?

Qu’est ce que l’Homme fuit autant que la mort ? Assurément, la souffrance semble une réponse évidente. Notre société refuse ce mal et comment lui en vouloir ? La souffrance rapproche de la mort. La déliquescence du corps et de l’esprit nous rapproche sans pitié de notre fin. Pauvres hommes que nous sommes touchés en plein dans notre illusion d’immortalité et regardant en face le Noir Destin des Hommes. Funeste est ce signe de notre fatalité inéluctable.

C’est peut-être pour cette raison que la souffrance est souvent de l’ordre de l’innommable aussi bien pour celui qui ressent que pour celui qui accompagne l’être touché. D’un côté, l’être perclus de douleurs demande désespérément la fin de ses malheurs. Son vis-à-vis quand à lui est bien désemparé devant cet appel qui peut lui rappeler sa propre fatalité et aussi sa terrible impuissance à sauver celui qui l’appelle à l’aide. Alors ne réagissons-nous pas par la fuite ? N’éloignons-nous pas la souffrance loin de nous pour que nous ne puissions pas la voir ? N’enfermons-nous pas les souffrants dans des salles blanches et stériles, laissant des êtres sensés être plus compétent que nous s’en occuper ? Mais sont-ils réellement compétents face à cet innommable malheur ?

  • Comment la médecine répond-elle à une souffrance ?

Elle y répond avec ses forces et ses faiblesses. Notre médecine scientifique, héritée de notre tradition et des principes de Descartes (l’Homme-machine), nous pousse à réduire cet incompréhensible qu’est la souffrance d’autrui. Partant du principe qu’un problème complexe peut être divisé en plusieurs petits problèmes moins complexes, on estime qu’en résolvant ces petits problèmes le grand problème sera résolu. Donc la médecine soigne les symptômes de la souffrance : les douleurs. La douleur, contrairement à la souffrance, est mesurable avec des échelles et des normes, subjectives certes, mais suffisantes. Alors on soigne la douleur physique avec des antalgiques ou des sédatifs. On soigne la douleur psychique avec des antidépresseurs et des anxiolytiques et on a l’impression d’avoir bien fait son travail de soignant. Mais avons-nous soigné ?

Est-ce que la souffrance est entièrement réductible aux douleurs que l’on diagnostique et que l’on sait “soigner”(masquer plutôt). Est-ce qu’il n’y a pas plus dans ce mal ? Quelque chose qui se rapproche de l’infini et de l’inconnu. Quelque chose qui dépasse nos conditions humaines tout en étant l’une des fondations de celles-ci. Est ce que des molécules sont suffisantes pour sauver un être de ce trou noir ? Est ce que l’Homme-machine ne doit pas plutôt rencontrer l’Homme-humain pour sortir de sa souffrance ? Peut-être que l’humanité est le seul moyen de sauver l’Homme d’une souffrance qui l’accable. Car sauver quelqu’un ne se résume pas à endormir ses douleurs, cela se résume plutôt par la réhabilitation de l’être réduit et brisé en tant qu’humain et non en tant qu’un ensemble d’organe dysfonctionnels et épuisés.

Peut-être que la médecine, actuellement si désarmée par la souffrance de ceux qu’elle accueille, doit prendre le risque de montrer un visage humain plutôt qu’un visage technique. Peut-être qu’elle doit accepter la vulnérabilité plutôt que de la combattre désespérément. Peut-être qu’elle doit comprendre qu’un sourire fait parfois plus de bien qu’un antidépresseur…

Comment répondons-nous à la souffrance d’autrui ?

Complexe…

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